Entretien professionnel obligatoire : tout savoir sur vos droits et obligations
Entretien professionnel obligatoire : c’est quoi ?
Petit changement récent : la loi du 30 décembre 2025 a rebaptisé l'entretien professionnel. Il porte désormais le nom d'entretien de parcours professionnel (EPP). L'esprit reste identique, mais la périodicité évolue.
Ce rendez-vous est imposé par l'article L6315-1 du Code du travail. Il concerne toutes les entreprises, peu importe leur taille ou leur secteur. L'objectif ? Faire le point sur les perspectives d'évolution du salarié : qualifications, emploi et besoins en formation.
Attention à ne pas confondre l'EPP avec l'entretien annuel d'évaluation. Le premier regarde vers l'avenir. Le second juge les performances passées.
Plusieurs thèmes sont encadrés par la loi. Le Compte Personnel de Formation (CPF) et ses abondements y trouvent leur place. La Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) et le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) sont également passés en revue. Les pistes de progression salariale ou professionnelle viennent compléter la discussion.
L'échange se tient pendant le temps de travail, dans les locaux ou en visioconférence. Un compte-rendu écrit clôt la rencontre. Une copie revient au salarié : ce document prouve le respect de l'obligation légale.
Qui est concerné ?
La réponse est simple : tout le monde, ou presque. L'obligation d'organiser l'EPP s'applique à toutes les entreprises, sans seuil d'effectif. Une TPE de 3 personnes est concernée au même titre qu'un grand groupe.
Côté salariés, la loi ne fait aucune distinction. Sont visés les CDI, CDD, apprentis et contrats de professionnalisation. Le temps de travail n'entre pas en ligne de compte : temps plein ou temps partiel, le droit s'applique. L'ancienneté dans l'entreprise ne change rien non plus.
Un entretien doit aussi être proposé au retour de certaines absences, même si la date habituelle n'est pas encore arrivée. La règle s'applique après :
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un congé maternité ou d'adoption,
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un congé parental d'éducation,
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un congé de proche aidant,
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un congé de solidarité familiale,
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un congé sabbatique,
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une période de mobilité volontaire sécurisée,
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un arrêt longue maladie,
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une période d'activité à temps partiel après une naissance,
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la fin d'un mandat syndical.
Dernière précision utile : le salarié n'est pas tenu de se présenter à l'entretien. L'obligation pèse sur l'employeur, pas sur lui. Un refus du collaborateur n'engage donc pas sa responsabilité.
Quelle est la fréquence obligatoire d’un entretien professionnel obligatoire ?
Attention, la cadence a changé. La loi du 30 décembre 2025 est passée par là. Auparavant fixée tous les 2 ans, la périodicité passe désormais à un EPP tous les 4 ans.
Plusieurs rendez-vous rythment la vie professionnelle du salarié. Le premier doit avoir lieu pendant la première année suivant l'embauche. Un EPP dit "mi-carrière" intervient dans les deux mois suivant la visite médicale prévue à l'article L4624-2-2 du Code du travail. Un autre peut être déclenché au retour de certaines absences : maternité, longue maladie, congé parental, etc. Cette règle s'applique si aucun entretien n'a eu lieu durant les 12 mois précédents.
Tous les 8 ans, un entretien particulier prend la forme d'un état des lieux récapitulatif. Il vérifie la tenue effective des EPP prévus. Il contrôle aussi la réalisation d'au moins une formation non obligatoire et une éventuelle progression salariale ou professionnelle.
Voici un récapitulatif des fréquences à retenir :
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Type d'entretien |
Fréquence |
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Premier EPP |
Durant la première année suivant l'embauche |
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EPP régulier |
Tous les 4 ans |
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EPP mi-carrière |
2 mois après la visite médicale dédiée |
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EPP de retour |
Après certaines absences, si rien depuis 12 mois |
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État des lieux |
Tous les 8 ans |
Comment se déroule un entretien professionnel obligatoire ?
Un EPP bien mené suit une trame précise. Rien n'est laissé au hasard, de la convocation au compte-rendu final.
La préparation démarre en amont. L'employeur informe le salarié de la tenue de ces entretiens dès l'embauche. La convocation écrite reste la norme, envoyée idéalement 8 à 15 jours avant le rendez-vous. Elle précise la date, l'heure et le lieu. Le Code du travail n'impose aucun formalisme strict, mais la trace écrite sécurise l'employeur.
Le cadre légal est clair. L'entretien se tient pendant les heures de travail et dans les locaux de l'entreprise. La visioconférence reste possible, à condition de respecter les règles de l'article L6315-1. L'employeur, un supérieur hiérarchique ou un représentant RH conduit la discussion.
Les sujets abordés tournent autour de l'avenir professionnel. L'échange couvre les qualifications actuelles, les perspectives d'évolution et les besoins en formation. L'activation du CPF, la VAE et le CEP figurent aussi parmi les points traités. L'évaluation des performances, elle, n'a pas sa place ici.
La clôture passe par un compte-rendu écrit remis au salarié. La signature des deux parties sert de preuve en cas de contrôle ultérieur.
Que doit contenir le compte-rendu ?
Le compte-rendu n'est pas une simple formalité administrative. Ce document fait foi en cas de contrôle ou de litige. Son contenu mérite donc un vrai soin. La loi reste floue sur la forme exacte. Quelques mentions restent toutefois incontournables.
Les éléments d'identification ouvrent le document. Le nom du salarié, son poste, la date de l'entretien et l'identité du responsable présent doivent y figurer noir sur blanc. Le motif de la rencontre trouve aussi sa place ici : EPP régulier, mi-carrière, retour de congé ou état des lieux.
Le corps du compte-rendu reprend les échanges. Il détaille le bilan des formations suivies depuis le dernier entretien, les souhaits d'évolution exprimés, les compétences mobilisables et les pistes de formation envisagées. Les informations données sur le CPF, la VAE et le CEP y apparaissent également.
Les engagements et décisions ferment la discussion. Actions de formation validées, projets de mobilité interne, points à revoir : tout figure dans le document pour garder une trace claire.
Les signatures finalisent le tout. Celle de l'employeur et celle du salarié actent la rencontre. Une copie revient obligatoirement au collaborateur. L'employeur garde l'original, archivé pendant au moins 6 ans.
Quelles sanctions en cas de non-respect ?
Zapper un EPP n'est pas anodin. Le Code du travail prévoit des conséquences concrètes pour l'employeur défaillant. Les règles varient selon la taille de l'entreprise.
Dans les entreprises de 50 salariés et plus, la sanction est automatique. Si le salarié n'a pas bénéficié des entretiens prévus au cours des 8 dernières années et d'au moins une action de formation non obligatoire, son CPF doit être abondé de 3 000 €. Cette règle est posée par l'article L6323-13 du Code du travail. Les deux conditions sont cumulatives : il faut les deux manquements pour déclencher l'abondement.
En cas de versement absent ou insuffisant, l'administration peut mettre l'employeur en demeure. À défaut de régularisation, le montant dû part au Trésor public, majoré de 100 %. La facture double donc d'un coup.
Dans les entreprises de moins de 50 salariés, l'abondement obligatoire de 3 000 € ne s'applique pas. L'employeur reste pourtant exposé. Son obligation de préserver l'employabilité des salariés demeure pleine et entière. Un collaborateur peut invoquer un défaut d'accompagnement devant le Conseil de Prud'hommes.
Au-delà de la sanction financière, le risque réputationnel existe aussi. Un manquement répété fragilise la relation de confiance avec les équipes.
FAQ
L'entretien de parcours professionnel est-il rémunéré ?
Oui. L'EPP se déroule pendant le temps de travail. Il est donc considéré comme du temps de travail effectif. Aucune retenue de salaire n'est possible, y compris lorsque l'entretien se tient en visioconférence.
Un salarié peut-il refuser de s'y présenter ?
Oui, le refus reste autorisé. L'obligation légale pèse uniquement sur l'employeur, jamais sur le salarié. En pratique, les entreprises demandent souvent un écrit motivé. Une lettre recommandée ou une remise contre décharge sert à conserver la trace du refus.
Peut-on se faire accompagner durant l'EPP ?
Non. La loi prévoit un échange direct entre le salarié et l'employeur (ou son représentant). Aucun tiers n'est admis, ni collègue, ni délégué syndical. Cette règle diffère d'un entretien préalable au licenciement.
EPP et entretien annuel d'évaluation : possible le même jour ?
Oui. La Cour de cassation l'a confirmé dans un arrêt du 5 juillet 2023 (n° 21-24.122). Les deux rendez-vous peuvent se suivre. Une condition : ils doivent rester distincts, avec deux comptes-rendus séparés. Mélanger les sujets expose à une requalification.
Les stagiaires et alternants sont-ils concernés ?
Les stagiaires échappent à l'EPP. Leur statut n'est pas celui de salarié. Les alternants (contrat d'apprentissage ou de professionnalisation), en revanche, en bénéficient au même titre que les autres collaborateurs.
Et si le salarié refuse de signer le compte-rendu ?
La signature n'est pas une obligation. Le salarié peut mentionner son désaccord ou refuser d'apposer son nom. L'employeur conserve alors une trace par un autre moyen : mail de transmission, courrier recommandé ou remise contre décharge. Le document reste valable sans signature.
Un EPP peut-il avoir lieu pendant un arrêt maladie ?
Non. Le contrat de travail est suspendu durant un arrêt. L'EPP doit donc attendre la reprise effective du salarié. Un entretien sera alors proposé, notamment après un arrêt longue maladie, si aucun EPP n'a eu lieu dans les 12 mois précédents.